LE FORUM DES OUJDIS ET DE l'ORIENTAL

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 Gérard Sacone dit GG

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Maryse
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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Mer 13 Juin - 10:33

On ne peut pas lire du Sacone, on n'a pas trouvé... 

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Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve.
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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Mer 13 Juin - 12:18

🤣🤣🤣🤣 eh non pas de Sacone en vente!

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gérardS
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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Mer 13 Juin - 12:24

Suffit de demander. Tiens, un p'tit conte écrit pour une classe de mes élèves afin de leur prouver qu'il c'est fastoche d'écrire simplement sur n'importe quel sujet :

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G. SACONE (Février 2002). Aux éditions de mon ordinateur (!)
 
 
Poil rouge et le dragon
 
En ce temps là, de vastes et profondes forêts couvraient la Dracénie. Des arbres gigantesques plongeaient le sol dans la pénombre même lorsque le Dieu rouge, au zénith, lançait ses dards brûlants. Des bêtes féroces peuplaient les collines environnantes : loups sanguinaires, sangliers monstrueux, aurochs aux cornes acérées, lynx sournois... Il était périlleux de s'y aventurer.
Quant au fond de la cuvette, occupé par des marais, il constituait la zone la plus épouvantable, d'où le voyageur imprudent ne revenait jamais. Insectes, serpents, alligators ne représentaient pas le pire : des grondements sonores et inquiétants en provenaient souvent. Une brume opaque y flottait en permanence, empêchant de voir à vingt pas. Une chaleur moite montait des marécages et des flammes de plus de cent coudées jaillissaient vers le ciel lorsque les grondements retentissaient.
   Le vieux Myrthor affirmait qu'un dragon avait fait de ces lieux son domaine et qu'il dévorait quiconque osait y pénétrer.
   Jamais, hélas, l'homme ne pourrait habiter cet endroit; pourtant la terre en était fertile et beaucoup d'arbres offraient des fruits abondants et délicieux.
   Dans la horde qui, depuis quelques lunes, avait fait halte ici, le jeune Bravarius passait pour un couard et faisait l'objet de moqueries incessantes ; on ne lui donnait à accomplir que des tâches habituellement réservées aux femmes et aux vieillards : rapporter du bois et de l'eau, nettoyer les grottes, racler la peau des animaux abattus, entretenir le feu, gratter le sol pour y trouver des tubercules...
Or, malgré ses quinze printemps, il montrait une vigueur certaine et les travaux qu'on lui imposait avaient développé sa musculature. Particulièrement souple et agile, il n'avait pas son pareil pour grimper au sommet des arbres lorsqu'il fallait y cueillir des fruits. Enfin, à l'insu de tous, il s'était fabriqué une fronde à l'aide de lianes, comme le faisaient les chasseurs, et il s'exerçait souvent ; il la cachait hors du village, dans un vieux tronc d'arbre mort. Devenu très adroit, il parvenait régulièrement à tuer des oreillards ou des volaplumes qu'il engloutissait sans les partager avec les autres comme l'exigeait la loi de survie.
En réalité, une humiliation le touchait par-dessus tout : les plaisanteries des autres jeunes sur la couleur flamboyante de sa tignasse et les petits charbons qui piquetaient ses joues. En effet, personne d'autre que lui ne possédait un système pileux de cette teinte et une peau très claire, s’empourprant au soleil ou, justement, lorsqu'il faisait l'objet de railleries. Seule la gentille Dulciane semblait se plaire en sa compagnie, jouait régulièrement avec lui et profitait de parts de gibiers tués par le garçon. Cette mise à l'écart le meurtrissait. Il voulait prouver que, lui aussi, pouvait mériter le grade de guerrier. Cependant, pour cela, il lui fallait accomplir un acte de bravoure, un exploit qui marquerait à jamais les esprits et se transmettrait de bouche à oreille pendant des lustres et des lustres. Cette idée l'obsédait mais il ne parvenait pas à trouver l'action d'éclat qu'il pourrait réaliser.
Un soir de pleine lune pourtant, alors que les hommes palabraient autour du feu, il entendit Siffral, le grand sorcier, annoncer solennellement :
« Bientôt nous devrons partir ! Il devient difficile de survivre dans cette région où les bêtes sauvages ne nous craignent pas et deviennent même chaque jour plus agressives, sentant sans doute notre affaiblissement. Voilà quelques soleils, l'un des nôtres a été éventré par un grizzli et, l'autre nuit encore, des loups ont emporté le bébé de Pliouk. De plus, la zone dragonnienne paraît s'étendre : les arbres se calcinent et les fruits viennent à manquer, la chaleur croît et les sources se tarissent, les maladies de la moiteur nous frappent de plus en plus et, durant notre sommeil, les vampsues nous vident de nos forces. L'air devient difficilement respirable. Je le répète, il nous faut partir ! Je l'ai lu dans les pierres de cendres, c'est la chose des marais qui est la cause de tous nos maux. Nous sommes trop peu nombreux et trop faibles pour la vaincre, aussi allons-nous-en ! Quelques insensés ont essayé de l'affronter, aucun n'a survécu : rappelez-vous le valeureux Gritorb que nous avons retrouvé mourant dans les roseaux, le corps brûlé ; il n'a eu que le temps de nous décrire le monstre. Les flammes jaillissant de sa gueule empêchent de l'approcher suffisamment pour parvenir à envoyer une pierre de feu dans sa gueule, unique moyen de l'anéantir. Nul n'a la force ni la précision nécessaire...        
…C'est dit ! Dès l'aube nous commencerons à démonter le camp ; à la deuxième blancheur, nous quitterons l'horizon des collines et abandonnerons, à jamais, les tombes de nos morts. »
Ces paroles résonnèrent toute la nuit dans la tête de Bravarius. Il rêva même qu'il terrassait le dragon et revenait vainqueur, acclamé par toute la tribu qui le portait en triomphe et le considérait comme l'égal des Dieux.
Lorsque la première flèche du Dieu rouge toucha sa paupière et l'éveilla, il se sentit envahi d'une force étrange, inconnue, d'une détermination totale. Tout était clair.
Avant de partir, il voulut partager son secret avec Dulciane. Elle tenta bien de le dissuader mais comprit très vite qu'il était décidé et que sa destinée devait s'accomplir ainsi. Alors elle lui donna la peau de caribou la plus épaisse qu'elle pût trouver dans sa case, afin de lui offrir une protection supplémentaire. Dans la fourrure, elle cousit, à la hâte et en cachette, le talisman que son aïeul Yanos lui avait mis au cou lorsqu'elle avait poussé son premier cri.
Prétextant aller ramasser des racines et des fruits et remplir des outres d'eau en prévision du voyage, le petit homme sortit seul du campement; il alla récupérer sa fronde. A présent, il fallait se procurer les fameuses pierres rouges. Il savait où les trouver, ayant suivi un jour le sorcier qui en ramenait parfois pour en donner à la femme qu'il avait choisie pour la nuit. Bravarius découvrit sans peine le trou que Siffral recouvrait de mousse et dans lequel, en grattant la terre, on pouvait obtenir ces cailloux si étincelants, si transparents et qui réfléchissaient mille étoiles par leurs multiples facettes. Siffral les appelait « rougebrilles » ; les plus belles femmes du clan étaient même arrivées à confectionner bracelets et colliers dont elles se paraient. Le garçon choisit les trois plus grosses qu'il pourrait lancer avec sa fronde et, sans hésiter, se dirigea vers les marais dragoniens. Lorsqu'il y fut parvenu, il mit la peau de caribou par-dessus la peau d'aurochs qui lui servait de vêtement puis il se roula dans la boue du marécage ; en séchant elle ferait une sorte de carapace presque aussi dure que celle des tortugres du lagon. Il estima que ces précautions devraient le protéger assez longtemps des crachats de feu du dragon pour pouvoir lancer, au moins, l'une des rougebrilles dans sa gueule.
   Il avançait, à présent, plus aisément car la végétation avait quasiment disparu, détruite par le feu du monstre. La terre était toute craquelée. Quelques troncs calcinés se dressaient encore ici ou là et Bravarius progressait de l'un à l'autre. L'air brûlait et empuantait. Des carcasses d'animaux achevaient de pourrir par endroits. A cet instant, il eut brusquement envie de rebrousser chemin. Quelle folie l'avait-elle poussé dans cette aventure ? Pour qui se prenait-il, lui, le misérable « Poil Rouge » ? Les plus valeureux guerriers n'en étaient jamais revenus. Que pouvait-il faire, misérable insecte rampant ? Mais il était trop tard à présent.
Alors qu'il allait escalader un monticule pour observer les alentours, une tête hideuse se montra peu à peu de profil, couverte d'écailles verdâtres ; deux yeux jaunes, veinés de rouge, striés de longues pupilles noires, lançaient des éclairs. Une épouvantable gueule, largement ouverte, laissait s'échapper un peu de fumée et un liquide rosé. Bravarius se sentit paralysé. La tête se dressa encore et dévoila un long cou semblable à celui d'un crocor. Soudain, la gueule se referma; ses larges narines se dilatèrent, s'ouvrirent comme des cratères, humant l'air. La bête se tourna en direction du garçon et sembla l'apercevoir. Bravarius resta figé. Heureusement, la boue qui le recouvrait brouillait son odeur. L'animal apparut entièrement et dévoila un corps étrange: il se tenait debout sur ses pattes arrière, colossales ; celles de devant, beaucoup plus petites, agrippaient un potame adulte, sanguinolent, au crâne évidé. Le potame, pourtant de la taille d'un aurochs, paraissait minuscule entre les pattes du géant. Deux embryons d'ailes, sur la partie supérieure de son échine, battaient mollement.
Bravarius vit la bête se détourner et plaça rapidement une rougebrille dans sa fronde qui tournoya en sifflant. Malheureusement, il n'avait pas pensé que sa carapace, si elle pouvait le protéger, le gênerait : la précieuse pierre tomba sur le sol et roula dans une crevasse. Par chance, son geste avait craquelé la boue aux épaules et aux coudes, facilitant ses mouvements. Il mit un deuxième projectile et l'arme siffla de nouveau, attirant alors l'attention du dragon, occupé, jusque là, à dévorer le potame. Intrigué par le bruit et l'être inconnu qui s'agitait devant lui, il gronda et projeta un jet de flammes en sa direction. Au même moment, le caillou de feu fila vers sa gueule mais rata sa cible pour aller se ficher dans l'œil gauche qui éclata, déversant des flots de liquide jaunâtre. Le dragon, blessé et fou de douleur s'avança. Le garçon comprit qu'il n'avait plus droit à la moindre erreur. Il agit, alors, comme dans un rêve, à toute allure : le bras gauche, pointé vers la gueule qui s'ouvrait, le droit fit tourner de plus en plus vite la fronde et lâcha l'une des extrémités. La pierre parvint directement dans la gueule alors que des flammes allaient s'en échapper. Une véritable explosion se produisit. Bravarius fut projeté à terre ; il protégea son crâne de ses mains. Des débris retombèrent autour de lui. Un croc pareil à une défense de narval se planta à quelques pouces de sa poitrine. Peu à peu, le silence s'installa : ces instants parurent irréels au nouveau héros. Les restes de l'animal se trouvaient dispersés sur une vaste surface. Le jeune homme décida de ramener le croc en guise de trophée et comme preuve de sa victoire. Il récupéra aussi la plus petite griffe d'une patte avant, la seule qu'il pût porter.
Lorsqu'il arriva au camp, celui-ci était vide. Il appela : Dulciane fut la première à se manifester.
Elle sortit de sa cachette - le trou à tubercules, au fond du village - et se précipita vers lui, les bras tendus. Peu à peu, les autres réapparaissaient, par petits groupes, venant de partout. Ils avaient entendu l'énorme explosion, senti la terre trembler et cru leurs derniers instants arrivés. Pensant que le dragon était sorti de son repaire pour venir anéantir le village, tous avaient fui, au hasard.
Bravarius devait conter son exploit à chaque fois qu'un groupe arrivait dans la clairière. En outre, ceux qui l'avaient déjà entendu le racontaient aussi aux autres, chacun se plaisant à ajouter des détails toujours plus extraordinaires. Siffral, lui-même, le grand sorcier, vint se prosterner devant lui, le suppliant de poser sur son crâne chauve la main qui avait tenu la fronde. Le garçon s'exécuta volontiers. Dulciane, à l'écart, montrait, par son regard, la profonde admiration qu'elle éprouvait pour son ami. Bravarius lui fit un signe. Elle s'approcha et il la serra contre lui.
Une clameur immense monta vers le ciel. Toutes les gorges scandaient: «  Bra-va-rius ! Bra-va-rius ! Bra-va-rius ! ». Les guerriers tapaient sur leurs boucliers avec leur lance, les femmes, hystériques, claquaient des mains et les enfants couraient en tous sens en sautant et en riant. La tribu sentait confusément qu'à présent, elle n'aurait plus rien à craindre: Bravarius saurait les protéger de tous les dangers. Dorénavant, sa personne serait sacrée ainsi que sa descendance si elle ne s'éteignait pas.
 Non loin du camp, on érigea un monument à sa gloire sous lequel il siégeait lorsqu'il fut élu chef de la horde : deux grandes roches dressées en supportaient une troisième de forme tabulaire. En hommage à Dulciane, Bravarius les baptisa : Pierres de la fée.
La région put, peu à peu, être mise en valeur. Les éternels nomades s'y fixèrent, reposant enfin leurs corps fatigués et meurtris dans cette belle Dracénie dont la légende et la prospérité furent connues à mille lieux à la ronde, pour l'éternité.

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Et voili, et voilà, pour vos âmes d'enfants que vous avez su garder, les filles.

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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Mer 13 Juin - 12:26

"🤣🤣🤣🤣 eh non pas de Sacone en vente!"


Un Sacone ne se vend pas, il se donne, mais pas à n'importe qui ! 

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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Jeu 14 Juin - 6:31

Merci Maïtre !! Je me lève juste je vais attendre d'avoir les idées plus claires pour savourer ta prose 
 je sais on se répète

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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Jeu 14 Juin - 9:54

Merci pour le cadeau cher Maître.
Très belle prose. Mais tout le monde n'a pas ton talent .... alors nous nous contentons de ce qu'on nous propose. Avec toutefois quelques jolies surprises.
Respect monsieur Sacone. 😍😍😍
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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Jeu 14 Juin - 12:47

Vous êtes trop bonnes (dans tous les sens du terme ! )....

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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Jeu 14 Juin - 12:58

🤔🤔🤔 😉

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MessageSujet: Gérard Sacone dit GG   Jeu 14 Juin - 13:09

Puisque vous avez la gentillesse de faire semblant que ça vous plait, voici un autre récit, tout ce qu'il y a de plus authentique, lui, car autobiographique et datant de mes 15 ans (environ). Il s'intitule "La huitième cartouche", vous comprendrez pourquoi :


La huitième cartouche

 

Lorsque j’étais adolescent, ma mère, souveraine  responsable  de mes études, ne m’autorisait à suivre mon père à la chasse que sous certaines conditions : il fallait en effet que j’eusse appris toutes les leçons et fait tous les devoirs de la semaine suivante et qu’il n’y eût pas de composition en vue pour obtenir le précieux sésame. Comme on ne chassait que le dimanche, les occasions étaient plutôt rares, mais le plaisir plus grand et le gibier plus abondant.
 Un jeudi après-midi (il n’y avait pas cours alors), eut lieu un événement doublement rarissime : d’une part j’étais  autorisé à accompagner papa dans l’une des fermes, du côté de Berkane, où je pourrais chasser tandis qu’il vaquerait à ses occupations, d’autre part, n’ayant pas eu le loisir de préparer des cartouches (qu’il confectionnait lui-même), il m’en avait acheté une boîte de 25 chez son ami,  l’armurier Garbès, dont le magasin, près du marché couvert, à Oujda, m’attirait comme un aimant. Je restais souvent « scotché » à la vitrine de très longs moments.
Donc, j’étais aux anges ! Cependant, en me remettant les munitions, il me dit, un léger sourire aux lèvres : « Si tu arrives à faire du 50%, je t’achèterai une autre boîte ». C’était la saison des cailles et, chose curieuse, il m’arrivait assez souvent de faire de meilleurs scores que mon père sur ce gibier alors que je n’ai connu personne d’aussi précis que lui sur le lièvre et, surtout, sur le perdreau. Dieu sait pourtant que la perdrix rouge marocaine est sauvage et difficile à tirer sur des terrains très variés. A chaque fois le coup de fusil est différent. Ce qui m’impressionnait le plus, alors, c’était sa réussite sur les oiseaux traversants. Moi, je préférais les fuyants, avec, bien sûr, le risque de les désailer souvent et de les perdre, si le chien n’était pas dessus. Or, comme le chien suivait mon père, combien de courses n’ai-je pas dû faire derrière un oiseau piéteur fuyant comme un dératé dans du maquis, des lentisques, des touffes d’alfa ou, au mieux, des labourés où il restait visible plus longtemps !
Dans les années soixante, le « complet » était limité à six perdreaux et un lièvre : rien à voir avec les vingt ou vingt-cinq perdreaux et la demi-douzaine de lièvres que je voyais ramener chaque dimanche dix ans plus tôt, sans compter les outardes, voire une ou deux gazelles lorsqu’il allait très au sud, vers Figuig ou Bouarfa. Je n’ai malheureusement plus cette peau de gazelle qui me servait de descente de lit dans mon enfance. Le nombre de pièces était donc limité, et c’était très bien. Je soupçonne cependant papa de n’inviter alors que des amis connus comme étant de piètres tireurs afin de pouvoir les aider à remplir leur quota après avoir fait le sien !
Quant à maman, heureusement qu’elle disposait de personnel pour plumer, dépecer, vider tout ce gibier. Elle devait faire preuve d’imagination pour l’accommoder : j’ai même mangé du pot-au-feu… de perdreaux ! Régulièrement, le boucher lui  échangeait du gibier  contre de la charcuterie…
Mais revenons à cette fameuse après-midi : nous  arrivons donc à la ferme en question, sans notre chien que papa ne voulait pas fatiguer, en prévision du dimanche.  La caille, elle, pouvait être chassée tous les jours. Comme souvent, j’emmène alors les deux chiens du fermier : un braque marron truité et un setter blanc taché de noir. Deux bêtes fort mal nourries, efflanquées, aucunement dressées, mais possédant des nez extraordinairement entraînés puisqu’elles chassaient à longueur de journée pour compléter la maigre pitance généreusement offerte  par leur maître. Je devais les suivre à la course pratiquement et, lorsqu’elles me permettaient d’abattre un gibier, il fallait arriver avant elles sous peine de le voir englouti par ces canidés !
 On le voit, ce n’était pas une chasse de tout repos ; plusieurs fois, je n’ai pu qu’arracher de leur gueule la patte ou le bec du volatile que je venais de tuer. Avec l’habitude, cependant, mes taux augmentaient. En outre, avant de partir, je leur donnais un gros quignon de pain rassis, avec l’espoir d’apaiser quelque peu leur insatiable faim.
Ce jour là je me suis dit : « Je ne vais pas faire du 50%, comme me le demande papa, je vais essayer d’atteindre les 100% ! ». Je me doutais bien, tout de même, que c’était un peu utopique, mais, quand on a une quinzaine d’années, on n’a peur de rien et puis j’étais décidé à ne tirer que les cailles les plus faciles… ou les moins difficiles, c’est comme on voudra. En outre il ne faudrait «  assurer » que sur les huit cartouches prises cette fois là. En effet, pour faire durer la boîte, je l’avais partagée en trois, ce qui devait me permettre de faire trois sorties.
Je commençai par un champ planté d’orangers et pressentis que l’après-midi serait glorieuse ; en effet, après avoir cueilli une belle Navelle pour étancher une soif naissante, je la pelai et jetai, à quelques mètres, les pelures qui provoquèrent, déjà, l’envol d’une caille alors que j’avais encore le fusil, non chargé, à l’épaule. Un peu partout on les entendait chanter : « Paye…tes dettes ! », « Paye…tes dettes ! », c’est par cette phrase que papa imitait le courcaillet de ces rusés petits gallinacés, accentuant le P, le T et le D et détachant le premier mot des deux derniers, prononcés plus rapidement.
Pour ce qui est des chiens, je les laissais se fatiguer (mais était-ce possible ?). Les cailles les tournaient en bourriques : elles les laissaient approcher, couler, se mettre à l’arrêt, mais, dès qu’ils faisaient mine de s’élancer pour tenter d’en happer une, elles s’envolaient pour se reposer à deux ou trois cents mètre de là…et le manège recommençait.
Entre les orangers, superbement alignés,  poussait une herbe, parsemée de milliers de fleurs jaunes et bleues, qui m’arrivait aux mollets. Des coquelicots ajoutaient une note pourpre à ce joli tableau. Des cyprès vert foncé entouraient chaque orangeraie et servaient de protection contre le vent, quand il soufflait. Suivant les lignes des cyprès, des «  séguias », que l’on venait d’ouvrir, laissaient entendre le murmure rafraîchissant de l’eau qui  s’écoulait. De temps en temps, les chiens allaient y boire et le setter prenait carrément un bain. A l’occasion, je mouillais de force le braque qui, lui, n’appréciait guère l’immersion totale.
Malgré mon impatience à commencer la chasse, j’en reculais inconsciemment le début, craignant sans doute de faillir à mon serment. Pourtant, à présent, il fallait y aller. Les chiens ne comprenaient pas ce que je fabriquais et le braque aboyait même après moi. Le bougre, il m’ « engueulait »,  au sens propre du terme, semblant dire : « Alors, on y va, qu’est-ce que qu’on attend ? On n’y arrive pas tout seuls, donnes nous un coup de patte ! ». Et c’était  parti. Je voyais, au milieu d’une rangée, le setter à l’arrêt sur la caille que j’avais fait fuir tout à l’heure en mangeant mon orange. Je m’approchai rapidement, escorté du braque qui faisait des sauts de cabri et qui, dès qu’il aperçut son compagnon, se mit à patronner. La caille s’envola mais changea brusquement d’allée ; elle se trouva masquée par un oranger avant que je pusse faire feu. Je me répétais sans cesse qu’il ne fallait prendre aucun risque, d’autant qu’il semblait y en avoir beaucoup ce jour là. Pas de précipitation donc. Bref, tout alla bien avec les six premières cartouches, ce qui était déjà faramineux. Je sentais, dans mon dos, le poids des six volatiles que j’avais pris soin de placer dans une gibecière (et non comme à l’accoutumée, suspendus aux lacets d’un porte gibier), de crainte de les voir dévorés par mes cerbères. Hélas, avec la septième, rendu sans doute trop confiant et trop présomptueux par six succès consécutifs, je ratai l’oiseau, tirant dans le « zig » alors qu’il crochetait vers le « zag » !
Zut ! Zut ! Et Zut ! (et je suis poli).
Bof ! Après tout ce n’est pas si mal. J’aurais dû arrêter après la sixième. Ah ! Cette fameuse réflexion : « J’aurais dû arrêter… » Combien de chasseurs, combien de pêcheurs, combien de fumeurs, combien de joueurs, combien de capitaines (non, pardon, ce n’est pas à la chasse que j’ai  étudié ça !) l’ont un jour prononcée ?... Passion, quand tu nous tiens !
Il ne me restait  plus qu’une seule cartouche, la huitième et dernière pour ce jour là. Il fallait rentrer : le klaxon de la traction de papa venait de retentir, annonçant l’heure du départ. Je me trouvais à près de deux kilomètres de la ferme et pris le chemin du retour, en ligne droite si possible et à grandes enjambées, ce qui, par rapport à ma taille, n’a jamais représenté que quelques décimètres, au plus ! Je faisais semblant d’ignorer les arrêts répétés des chiens qui levèrent encore quelques oiseaux, bien  tirables en plus car nous nous trouvions dans une longue friche couverte d’herbes folles, sans le moindre obstacle : ni arbre ni aspérité du terrain.
Habituellement, dans les vergers, les cailles restaient dans les limites que représentaient les cyprès de clôture. En effet, elles ont un vol plutôt rasant et répugnent à trop s’élever. Or, ce jour là, j’en avais remarqué quelques-unes qui, levées en limite, avaient franchi cette barrière, soit en passant carrément par-dessus, soit en empruntant une trouée due au hasard  de la pousse des arbres. Elles s’étaient forcément posées dans ce champ que j’étais en train de traverser et qui jouxtait les plantations d’agrumes. J’entendais les «  pitt……pitt, pitt ! » qui se rappelaient les uns les autres. Alors que j’avançais vivement, faisant voler sauterelles et papillons multicolores (tiens ça me rappelle encore quelque chose !), une idée germa soudain dans ma tête, un peu folle mais pas tant que ça, après tout, puisque j’avais déjà constaté le phénomène : avec un peu de chance, je pourrais peut-être lever deux oiseaux en même temps qui fuiraient dans la même direction sans faire trop de crochets, comme à leur habitude. Oui, je l’admets, cela faisait beaucoup de hasards, mais pourquoi pas après tout ?
 Mon père m’avait toujours conseillé, en cas d’envols simultanés, d’éviter de tirer dans le tas : « C’est le meilleur moyen de ne rien avoir ; qui trop embrasse mal étreint ; mieux vaut faire un doublé. », disait-il. Facile à dire et, pour lui, à faire, mais pour moi… de toute façon, pas question de faire un doublé puisqu’il ne me restait qu’une cartouche ; et puis, des doublés, je n’en avais encore jamais réalisé, alors, à oublier tout ça. On le voit, tout s’embrouillait un peu dans ma tête : les recommandations cynégétiques  paternelles, mon pari voué à l’échec, les chiens batifolant autour de moi, une caille s’envolant dans mon dos, le klaxon de la Citroën retentissant à coups redoublés,  proportionnellement à l’impatience du propriétaire. Et puis le petit miracle, avec des instants qui vont se fixer à jamais dans mes souvenirs : une tache blanche et une autre marron qui reviennent vers moi. L’une se pétrifie à ma gauche, l’autre à ma droite. Mécaniquement j’avance au milieu. Deux cailles giclent de l’herbe, partent droit devant et entament leurs crochets. Dans un éclair je me dis : « Allez ! Essaye au milieu ! ». Au moment où les crochets les rapprochent l’une de l’autre, je lâche le coup de fusil et…elles tombent ! Le problème, à présent, était de les récupérer avant les deux affamés qui m’accompagnaient. Mais, une fois de plus, la chance allait me sourire : je suis arrivé sur la première une fraction de seconde avant le braque et j’ai plongé littéralement pour l’avoir avant lui. Le setter, n’ayant pas aperçu le point de chute des oiseaux, nous suivait, le braque et moi. Je cherchai alors l’autre caille, sans succès. Je fouillai méticuleusement l’herbe autour du  fusil que j’avais posé en évidence comme point de repère, tout en surveillant, du coin de l’œil, les monstres qui, excités, cherchaient aussi. Le klaxon s’impatientait et je pressentais une réprimande lorsque les deux chiens se mirent à l’arrêt à quelques pas de moi. Je me précipitai, hurlant : « Pas bouger ! Pas bouger ! Non ! Pas bouger ! ». A cet instant, la caille qui, désailée, avait piété, fit un bond en l’air, sous le regard médusé des chiens. Alors qu’elle retombait, je la plaquai au sol, un peu comme la précédente… et je pris sur le dos un braque et un setter, heureusement très allégés (0% de matière grasse) et aussi dépités que moi j’étais comblé !
Inutile de dire que mon  père, lorsque je lui narrai mes exploits de l’après-midi, s’abstint de me gronder, partageant, à travers mon récit, les instants de plénitude que je venais de vivre. Il en avait presque la larme à l’œil, le brave homme et reconnaissait sans doute là son digne rejeton. Bon chien ne chasse-t-il pas de race ?...Encore un proverbe issu de la chasse ! Pourtant, les miens de rejetons ne seront probablement jamais des Nemrod, même s’il leur arrive de courir derrière des gibiers d’un autre genre qu’on nomme gentiment parfois « caille », « lapin », ou « biche », voire « bécasse » avec, dans ce dernier cas, une connotation qui reste incompréhensible quand on connaît cet oiseau merveilleux et rusé…
Ils pourront toujours vendre mes fusils…pour aller s’acheter du gibier dans les grandes surfaces !!!

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Maryse
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MessageSujet: Gérard Sacone dit GG   Ven 15 Juin - 6:16

Ce n'est que pour toi ! Tu ne vas pas te mélanger aux Musso, Lévy etc. toi c'est du vécu !!

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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Ven 15 Juin - 8:12


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Maribel
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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Ven 15 Juin - 8:59

Beau texte même si je n'aime pas les armes et la chasse.
Bravo un vrai talent.

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gérardS
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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Ven 15 Juin - 13:32

Il est vrai qu'un chasseur apprécierait davantage car il a des sensations que les autres n'ont pas.
 J'ai tout de même essayé de conserver un certain "suspense" au récit.

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Marie-Thé
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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Ven 15 Juin - 15:01

 Matthieu et Ryan ont bien apprécié les deux textes.


Quelques citations : 
"Il y a une passion pour la chasse qui est profondément implantée dans le coeur de l'homme."
Charles Dickens


"La différence entre la chasse et la guerre, c'est qu'à la chasse on ne fait pas de prisonniers".



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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Ven 15 Juin - 15:56

Je me suis régalée à lire le texte sur la chasse, sans doute parce que j'avais un papa chasseur, que toute petite j'ai assisté à la confection des cartouches. J'adorais le voir mesurer les plombs en fonction de leur taille, de les verser dans la cartouche et ensuite de mettre le petit carton pour fermer et sertir le tout.

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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   Ven 15 Juin - 17:28


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MessageSujet: Re: Gérard Sacone dit GG   

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Gérard Sacone dit GG
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